Lettre à mon fils.

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J’ai vraiment hésité avant de publier ce texte, car je ne veux pas attirer la pitié des gens à mon égard, mais je désire simplement me vider le cœur, ou plutôt la tête. Je dois faire sortir les démons qui brûlent à l’intérieur de moi. Publier ce texte, c’est un peu comme se mettre à nu en exhibant sa mini bizoune de fin de party pendant un grand vent froid d’automne. Bref, c’est gênant, mais je crois que je dois le faire si je veux avancer. Et vu que je feel hangover en tout temps sans même avoir bu une seule goutte d’alcool, je me lance. Parce que tsé, quand tu feels lendemain de veille, tu te fous pas mal de tout… C’est comme ça, tous les jours, depuis trop de mois déjà.

Merci Fiston

Aujourd’hui, c’est ton premier jour d’école, tu débutes la maternelle. Le temps passe tellement vite. Je suis si fier de toi. Ce soir, papa s’en va rencontrer une psychologue pour la première fois. Jamais je n’aurais pensé en être rendu là. Tu te détaches lentement et ça fait mal à mon petit cœur de père.

Commençons par le début. Tu es arrivé dans ma vie comme un cheveu sur la soupe. Nous n’étions aucunement prêts, moi et mon party animal« Je le garde que tu le veuilles ou non. » J’ai vu ma jeunesse s’envoler en entendant cette phrase. J’en voulais beaucoup à ta maman, car nous n’étions plus un couple à cet instant. Je venais de lâcher ma job afin d’aller à l’université pour explorer de nouveaux horizons et espérer trouver ma passion. Comment pourrai-je dire… C’était un excellent timing. C’est ma force le timing dans la vie. #crissnon. Je vivais sur le Plateau Mont-Royal comme une rockstar. Restaurants, bars, alcool et s’il vous plait. Je suis retombé dans le milieu de la restauration et des bars afin de bien combiner école et m’occuper de toi. Je ne trouvais rien dans mon domaine. Je combinais les partys et les filles, rien pour retrouver la confiance en moi perdue. Oui, au début je le pensais… Mais non, c’était pire. Après mûres réflexions, j’ai décidé de retourner vivre chez papa et maman afin de pouvoir te voir le plus souvent possible sans négliger mes études et avoir de soucis financiers. Et oui, un peu de soutien de pépé et mémé, ça aide en maudit. Le retour à la maison et dans les bars fût assez difficile psychologiquement. Je fuyais mes problèmes dans l’alcool et dans la facilité au lieu de me chercher un vrai emploi. Je vivais en surface et non en profondeur. Non, il ne faut pas arrêter de vivre quand on a un enfant, mais il y a un juste milieu à se péter la face. C’était mon moyen de défense pour oublier. J’allais te porter chez ta mère, les larmes aux yeux de te voir quitter, (et encore aujourd’hui) pour ensuite enfiler mon masque de barman heureux et boire comme un trou. Je vivais constamment avec des remords que je n’étais pas là à 100% pour toi. Ce n’était pas sain pour ma santé autant mentale que physique. J’étais entièrement présent pour toi, mais fatigué de la veille. Pardonne-moi. Je ne regrette pas ce que j’ai fait, mais je regrette le résultat. J’ai donc décidé d’arrêter de travailler dans les bars et de me concentrer à me trouver un travail dans ce que j’aime. J’ai trente ans, j’habite chez mes parents et je n’ai plus d’emploi… Pour la confiance en soi, c’est zéro. J’ai l’impression d’être revenu à la case départ.  Le jugement des autres m’affecte énormément et me donne des crises d’angoisse. Respire le père, respire. Fais le vide.  Je tente de fuir le regard de mon entourage et d’être fier de mes accomplissements. #impossible.  Pourtant, parfois vaut mieux reculer pour mieux avancer. J’essaye tant bien que mal de m’accepter, de ne plus penser au présent, mais de plutôt penser à tous les sacrifices que j’ai faits pour toi. Pas tant évident… Je suis toujours stressé, j’ai mal à la mâchoire tellement je serre les dents et je me calme à grand coup d’Ativan. Je suis le mal aimé qui porte un masque pour cacher son identité. Je suis en train de me noyer par en dedans à force de ne pas exprimer ma tristesse. C’est frustrant parce qu’il n’y a pas tellement longtemps, j’étais une machine qui se foutait bien de ce que les autres peuvent bien penser de lui. Maintenant, j’ai de la difficulté à sortir en public sans faire une crise de panique. Les seuls moments où je suis heureux sont ceux passés en ta présence. Tu es la seule raison pourquoi je me lève le matin parce que si c’était juste de moi, je resterais couché à l’infini. M’endormir et me réveiller à tes côtés, c’est ça la vie. Je te regarde dormir et je suis tellement fier de toi. Je crois que je t’aime trop. Je suis fou. Ça se peut-tu ça aimer trop son fils? Je viens de vivre le plus bel été de toute ma vie, car nous ne formions qu’un toi et moi. Ma tête était à off, car je me levais en ta compagnie. À tous les jours je te disais : « Pas de garderie aujourd’hui, je te garde pour moi. » Tu étais si content de passer la journée complète avec papa.

Là, tu commences l’école et je vais perdre graduellement mon petit garçon, mon meilleur ami. Ma première vraie peine d’amour. Je ne peux plus te garder pour moi tout seul. J’aurais aimé que tu restes à cinq ans toute ta vie. Plus le temps avance, moins que tu as besoin de moi et plus que j’ai besoin de toi. Ma tête se remet à penser. Je fais une job que je déteste et je ne vais pas bien du tout. Je me sens seul au monde. Jamais je n’aurais pensé avoir autant, mais si peu d’amis à la fois. C’est une très mauvaise journée pour moi. J’ai juste hâte d’aller te chercher à l’école pour retrouver mon pote! Les journées sont longues sans toi. Mais ce jour-là, tu pleures, tu chignes pour rien, tu boudes, bref, tu n’es pas tant content de voir ton papa. Tu veux aller au Macdonald et je ne cède pas, car un bon pâté chinois t’attend à la maison. Tu cries, tu reboudes, tu essaies de me dealer ça pour du Burger King (bel essai), calice que tu m’énerves. J’ai juste le goût d’aller te reporter au service de garde et d’aller me saouler. En plus, tu refuses de me parler tout le long du trajet de retour. Je pense. Je pense trop. Je pense à ma nouvelle job de marde. Je pense à mon échec professionnel et familial. Une fois à la maison, pour te changer les idées, je me déguise en méchant monstre et j’attends que Spiderman vienne me sacrer une volée. Tu me souris et enfile ton costume. Tu t’excuses et tu me dis un gros : «Je t’aime papa plus gros que 1000 univers. » Je vois cette sincérité dans tes yeux que je suis tout pour toi. Je craque, je suis en amour, le vrai amour. Il n’y a pas une fille au monde qui peut me faire sentir ainsi.  J’oublie tout. Tu peux me péter un million de crises comme celle-là, juste ce moment en vaut la peine. Je ferais tout pour toi. Si une fille me ferait une crise du genre, elle se ramasserait assez vite sur le bord du chemin. La bataille commence et évidemment, tu gagnes. Spiderman tue le méchant. Tu me fais un énorme câlin et papa revient miraculeusement à la vie. Je te dois la vie fiston. Tu es ma fierté, ma raison de vivre, ma plus belle réussite. J’ai un nouvel emploi que je déteste, mais je t’ai toi. Je me débrouille dans tout, mais je suis bon dans rien. Par contre, s’il y a bien une chose dans laquelle j’excelle, c’est d’être papa. Le reste va venir… Graduellement, je suis devenu un homme, en tout cas j’essaie. Je suis devenu un bon père. Je ne dis pas que j’en étais un mauvais, mais nettement amélioré. On appelle ça vieillir. Ce n’est pas vieillir, c’est grandir avec toi. Tu m’as sauvé la vie dès que j’ai aperçu ta petite face pour la première fois, car sinon je serais sûrement échoué saoul mort, tout seul sur une plage de la Thaïlande comme un looser. Et maintenant, tu me sauves la vie à nouveau, car sans toi, je n’ai plus de vie, je suis perdu et ma joie de vivre prend le bord.

Lorsque je suis à tes côtés, j’enlève mon  masque, je retrouve le sourire et j’aime la vie. Merci fiston de me garder en vie. J’ai mon rendez-vous dans quelques heures et ça me stresse énormément. Sur un coup de tête, je rase ma grosse barbe de monsieur. Peur de vieillir? C’est con, mais j’ai besoin de changement et calice que je me trouve laid sans barbe. J’aimerais la recoller sur mon visage. J’ai l’air d’un pré-ado joufflu. Malheureusement, on ne peut pas fuir le passé, seulement l’accepter et aller de l’avant.  Tout à coup, j’entends tes petits pas qui courent vers moi et là, avec les yeux de l’amour, tu me dis : « Wow papa, tu es dont bien beau pas de barbe. » Tu ne me juges pas, tu te fous bien de ce que je fais dans la vie et de ce que j’ai l’air. Je suis ton papa à toi et c’est tout ce qui compte. Une chance que tu es là face de pet! Finalement, j’ai le plus beau métier du monde: Papa. Je me dirige vers la bonne voie et un jour, c’est avec toi mon fils que je veux me retrouver à prendre un verre sur une plage de la Thaïlande, mais pour se faire,  papa doit aller se guérir la tête un petit peu. Un jour, tu vas être fier de ton père.

Bref, je vais faire de mon mieux pour te donner les meilleures bases possibles afin d’affronter ce monde cruel. Je serai toujours là pour t’écouter, te guider, déconner, te consoler et te passer un 20$ que tu ne me redonneras jamais…

Je t’aime gros comme 1000 univers.

-Papa (Ton meilleur ami pour la vie) xxxx

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Depuis quelques années, je vois plusieurs personnes s’enlever la vie dans mon entourage et cette situation me trouble énormément. Je comprends un peu plus maintenant comment ces gens et amis se sont peut-être sentis, car je suis moi-même dans une christie de mauvaise passe. Je ne compare aucunement mes problèmes aux leurs loin de là, mais jamais dans ma vie j’aurais pu penser feeler autant comme un tas de marde. Je crois que c’est important de parler de nos soucis avec quelqu’un ou d’aller consulter un professionnel de la santé. Nous avons tous nos problèmes. Ça doit faire au moins un an que je ne me sens pas bien mentalement. J’aurais dû y aller bien avant, mais j’avais peur. Peur de quoi? Peur de voir la réalité en face? Peur de voir mes erreurs de parcours? Peur de m’améliorer? Peur d’être bien? J’ai parlé à une amie et elle m’a convaincu d’aller consulter. Ce n’est pas tout le monde qui est à l’aise d’en discuter à des amis ou de simplement avoir un ami à qui en parler. Donc, si tu as les idées noires, ne te gêne pas de m’écrire en privé. Je te paye le lunch même si je suis cassé, même si je ne te connais pas, même si je ne suis vraiment pas la personne la plus enjouée sur terre en ce moment. On va se raconter nos problèmes, en rire, en pleurer, boire deux, trois shooters, repartir avec le sourire et avec un ami de plus dans le coffre à gants. Je crois sincèrement que de parler avec un inconnu peut nous faire beaucoup de bien et être très réconfortant.  Je ne te jugerai crissement pas parce que crois-moi, je ne suis pas bien placé pour juger qui que ce soit. Je ne suis clairement pas à mon premier party! 😉 Tu vas voir, le printemps  arrive beaucoup plus vite qu’on le pense.

Moi, j’ai fiston qui m’aide à voir au-delà de mon malheur et d’espérer être enfin complètement heureux un jour…  Toi, même si tu penses que tu n’as rien à quoi t’accrocher, il y a toujours une solution. Pars en voyage, lâche ta job, retourne à l’école, dis oui au lieu de dire non, mets du bacon dans ta poutine, cours autour de la piscine après l’avoir mangé et plonge! Il va toujours y avoir du bonheur pour toi à la clé.

*Je vais mieux.

SUICIDE

source photo: http://textesatoutvent.blogspot.ca/

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